Exposition

Images découpées, images détournées… Les collages de Jacques Prévert

Exposition à partir du 19 mai 2012, Omonville-la-Petite (50). Avec le concours de Fatras/Succession Jacques Prévert.

La Maison Jacques Prévert, à Omonville-la-Petite, sité géré par le conseil général de la Manche, propose au grand public une nouvelle exposition temporaire, à partir du 19 mai 2012 : Images découpées, images détournées…les collages de Jacques Prévert

Cette exposition présente la collection de collages de la Maison Jacques Prévert, une partie de la Collection privée Jacques Prévert (photographies et collages prêtés par Fatras), et permet de découvrir cette activité artistique devenue un moyen d’expression privilégié du poète, à la fin de sa vie. Les collages sont un aspect de la création artistique de Jacques Prévert peu connu du grand public. Rares et fragiles, ils font pourtant partie intégrante de son œuvre, formant un écho troublant à ses textes, autant par la forme que par les sujets évoqués.

Cette méconnaissance des collages de Jacques Prévert, et de  cet art en règle générale, est aussi liée au fait que cette pratique a longtemps été considérée comme une activité artistique mineure, à la technique simple et banale. Inventée au début du XXe siècle, la technique du collage est adoptée par Jacques Prévert dans les années 1940. Elle deviendra vite pour lui une pratique assidue. Même si les collages semblent relever d’un acte enfantin de prime abord, ils sont bien un moyen d’expression sophistiqué, fruit d’un travail artistique réfléchi et complexe. La Maison Jacques Prévert invite à découvrir les collages de Jacques Prévert et à comprendre son processus de création artistique, tout en s’imprégnant de son univers fantasque, étrange et inattendu.

Jacques Prévert commence sans doute à réaliser des collages dans les années 1940. Son premier collage connu, Portrait de Janine, date de 1943. Il le réalise à partir d’une photographie de sa femme en train de danser, autour de laquelle il dispose une guirlande de fleurs et de feuilles découpées dans des planches de botanique.

En 1948, Jacques Prévert a un grave accident en tombant de la fenêtre du premier étage d’un studio de la Radiodiffusion nationale. Au cours de sa convalescence, ne pouvant plus écrire, il découpe des images, les assemble et les colle pour en fabriquer d’autres. Il s’agit d’abord d’un exercice de rééducation manuelle et intellectuelle, qui se transforme rapidement en une pratique assidue.

 

Le processus de création revêt une certaine fulgurance, que l’on peut rapprocher de la parole de Jacques Prévert souvent décrite comme un extraordinaire flot ininterrompu de mots.

Sa première tâche consiste à choisir une image de départ, un décor. Sur celui-ci, il dispose les éléments découpés, les fait bouger sous ses doigts longuement, patiemment, jusqu’à ce qu’ils trouvent leur place. Au cours de l’élaboration du collage, Jacques Prévert accorde un soin particulier à la lumière et aux couleurs, qu’il aime vives, avec une prédilection pour le rouge. Ses collages sont collés sur un papier Canson ou sur une chemise de couleur en carton, afin de créer un cadre et de s’assurer une meilleure manipulation du collage par la suite. Une fois terminé, il pose le collage bien à plat sous une pile d’annuaires ou de dictionnaires, et le laisse sécher.

Les images pieuses ou populaires du XIXesiècle sont ses premières sources d’inspiration. Son imagination est également réceptive aux images de tous les  jours : cartes postales touristiques, reproductions d’œuvres d’art, illustrations de magazine. Toutefois, son matériau de prédilection est la production de ses amis photographes, qu’il accommode et modifie à son goût. Le plaisir qu’il trouve à utiliser leurs clichés est celui d’un travail réalisé pour ainsi dire en collaboration, après coup, avec l’auteur de la photographie.

Les thèmes abordés dans les collages de Jacques Prévert sont souvent les mêmes que dans ses œuvres écrites : rejet des institutions (Eglise et armée), sympathie pour les femmes et pour les enfants, tendresse et compassion pour les animaux, vision onirique ou fantastique de la réalité, satire de la société et de ses injustices. Par ses collages, il recrée une nouvelle réalité faisant perdre leur signification aux images pour leur en donner une autre, toute contraire. Il souhaite créer une certaine confusion afin d’inviter à repenser le monde. La subversion est ainsi partout présente dans ses collages.

Le collage est une technique artistique qui est apparue au XXe siècle. C’est en 1912 que George Braque et Pablo Picasso réalisent les premiers « papiers collés » en introduisant dans leurs compositions picturales des éléments de la réalité quotidienne (coupure de journaux, papiers peints). Ces premières tentatives cubistes permettent d’ancrer la réalité dans les créations artistiques en utilisant des objets du quotidien, et de redéfinir l’espace du tableau en créant un relief.

Différents artistes vont s’approprier la technique du collage, au cours du XXe siècle. John Heartfield, artiste dadaïste allemand, se sert de photographies qu’il découpe pour manipuler l’actualité politique. Cette technique du  photomontage, que Heartfield invente dans les années 1920, lui permet de dénoncer  la répression et les atrocités de la guerre, sous une forme satirique et provocatrice. Max Ernst, surnommé « Roi Image du collage » par Jacques Prévert, réalise plusieurs « romans collages » dans les années 1920, notamment celui de la Femme 100 têtes. S’éloignant de la réalité, ses œuvres évoquent le rêve, l’irrationnel et la plongée dans l’inconscient


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